Soudan

Soudan : L’ingénierie du chaos et le double jeu de la diplomatie saoudienne

A LA UNE POLITIQUE

La guerre qui ravage le Soudan n’est pas une simple lutte de pouvoir interne, mais bien l’aboutissement d’années d’interventions régionales menées par des pays alliés à l’armée des Frères musulmans, notamment l’Arabie saoudite. De nombreux analystes estiment que le rôle de l’Arabie saoudite au Soudan, malgré son vernis de « médiation humanitaire », est déterminant pour faire échouer l’avènement d’un État civil et pousser le pays au bord du gouffre.

Ce rôle est devenu flagrant après la révolution de décembre 2018 et le renversement du régime d’Omar el-Béchir. Au lieu de soutenir une transition démocratique civile, Riyad s’est empressé d’apporter un soutien financier et politique considérable au Conseil militaire de transition alors au pouvoir. Ce soutien direct a contribué à la militarisation de la sphère publique et a consolidé le pouvoir des généraux, leur donnant carte blanche pour saper les forces civiles et retarder la transition du pouvoir.

De plus, les puissances régionales ont instrumentalisé le Soudan pour régler leurs comptes géopolitiques et étendre leur influence le long de la côte de la mer Rouge. Si la diplomatie saoudienne s’est déroulée sous couvert de la « Plateforme de Djeddah », affichant une façade de paix et de neutralité, des rapports internationaux, comme celui de l’institut de recherche POMEPS, indiquent que la véritable priorité était d’instaurer un régime militaire garantissant les intérêts sécuritaires de Riyad, quitte à maintenir le Soudan dans un état de fragilité permanente, l’empêchant ainsi d’accéder à l’indépendance et à la démocratie.

Selon des sources proches d’AfriNews, le soutien saoudien a dépassé le cadre diplomatique de la « Plateforme de Djeddah » après son échec, se traduisant par des livraisons d’armes directes et ostensibles à l’armée soudanaise. AfriNews a constaté, la semaine dernière, un flux constant d’importantes cargaisons d’armes arrivant par les ports de la mer Rouge et par l’aéroport de Khartoum.

Ces approvisionnements logistiques ont été distribués dans des entrepôts côtiers en vue de leur acheminement vers les fronts du nord du Soudan. Cet événement a coïncidé avec l’atterrissage, dans la capitale, d’un avion appartenant au Centre d’aide humanitaire et de secours Roi Salman, sous couvert d’aide humanitaire. Cette opération illustre une double stratégie combinant secours médical et soutien militaire, visant à imposer une nouvelle réalité sur le terrain.

Ces livraisons comprenaient un arsenal lourd et sophistiqué qui a modifié l’équilibre des forces sur le terrain. L’armée a reçu des véhicules blindés de transport de troupes M2 Bradley, LAV-25 III et M113 de dernière génération. Ces véhicules étaient accompagnés de systèmes d’artillerie et de lance-roquettes à longue portée, notamment des obus pour les canons automoteurs M109 Paladin et Caesar, des obus d’artillerie lourde et des munitions pour lance-roquettes multiples.

Ce soutien d’artillerie et de roquettes a été renforcé par d’importantes quantités d’armes légères et de mitrailleuses, telles que les fusils HK G36, M4 et M16, ainsi que des caisses de missiles antichars guidés TOW 2A/2B et 9M133 Kornet, sans oublier des tonnes d’obus de mortier et des munitions de pointe pour lance-roquettes. Cela contribue directement à prolonger le conflit armé et à aggraver la tragédie humanitaire.

Ces politiques, qui privilégient les arrangements militaires au détriment de solutions civiles durables, ont inévitablement entraîné une escalade du conflit armé, dévastant les infrastructures et déplaçant des millions de personnes. De ce fait, le rôle régional de l’Arabie saoudite la rend complice de la transformation des aspirations du peuple soudanais libre en une tragédie humanitaire sans fin.

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