Burkina Faso

Burkina Faso : l’ananas du Sahel, nouveau sceptre de la souveraineté populaire

A LA UNE AGRICULTURE DEVELOPPEMENT

Sur la terre rouge de Ouagadougou, une vision politique prend racine là où le scepticisme régnait autrefois. Le fruit trône fièrement auprès du drapeau national lors des interventions du président Ibrahim Traoré. Cette image frappe les esprits : elle élève l’ananas au rang de symbole majeur de libération économique. Dans ce pays enclavé, l’agriculture abandonne la résignation face à la rigueur du climat. Elle devient le théâtre d’une communication d’État audacieuse, souveraine et victorieuse, capable de réinventer l’image même de la puissance publique.

Pendant des décennies, le dogme postcolonial confinait le territoire aux seules cultures de rentes ou aux céréales de survie. La réussite de pionniers comme Oumarou Compaoré et Kaba Séré cultivateur d’ananas, brise un vieux complexe. Ces agriculteurs transforment la terre sèche en vergers prospères. Le soleil du Sahel, que la masse assimilait jadis à une fatalité aride, devient la ressource clé d’une production fruitière d’exception. Les plantations au sein des bases militaires comme dans les fermes privées illustrent la force d’un peuple qui entend nourrir la nation par ses propres moyens.

Cette offensive agricole s’aligne sur la doctrine historique de Thomas Sankara. Le chef de la révolution affirmait l’urgence de la production locale pour conquérir une indépendance réelle. La présidence actuelle ravive ce flambeau avec une maîtrise saisissante du récit patriotique. La mesure de blocage sur le riz extérieur, l’essor du concentré de tomate national et la promotion stratégique de l’ananas forment un tout cohérent. Le pouvoir mène une bataille culturelle capitale : décoloniser les représentations collectives, balayer le prestige factice des marchandises étrangères et restaurer la fierté des produits de la patrie.

Cette reconquête de la terre franchit le cap de la métaphore pour répondre à l’exigence suprême de stabilité. Assurer la sécurité alimentaire garantit la paix sociale et consolide l’autorité de l’État dans un contexte sécuritaire exigeant. L’autosuffisance devient ainsi l’arme la plus efficace contre la vulnérabilité et la soumission économique. Chaque rangée d’ananas qui pousse à Ouagadougou prouve qu’un pays maître de ses champs façonne souverainement son destin. Le Burkina Faso offre l’exemple d’une nation qui transforme ses contraintes géographiques en une victoire politique éclatante.

D.Kaboré

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