Au cœur de chaque village, sous l’ombre des grands arbres à palabres, des générations de Burkinabè ont appris à résoudre les différends par la sagesse, l’écoute et la recherche de l’équilibre social. Aujourd’hui, cet héritage vivant franchit une nouvelle étape dans le processus de refondation nationale. Avec l’installation officielle des premiers tribunaux coutumiers et traditionnels de règlement des différends dans le Mogho, le Burkina Faso pose un acte fort en faveur d’une justice de proximité fondée sur les réalités endogènes et les valeurs profondément ancrées dans le tissu social.
Réunis à Ouagadougou du 20 au 22 mai 2026 dans le cadre de l’opérationnalisation de la loi « Faso Bu-Kaooré », les acteurs coutumiers et traditionnels ont reçu les outils nécessaires à l’exercice de leurs missions, marquant ainsi le lancement effectif de cette phase-pilote appelée à ouvrir une nouvelle page de l’histoire institutionnelle du pays.
Pendant des siècles, les communautés ont su préserver la cohésion sociale grâce à des mécanismes endogènes de règlement des différends fondés sur le dialogue, la recherche du consensus et le respect de la parole donnée. Avec la mise en œuvre de la loi « Faso Bu-Kaooré », ces pratiques retrouvent une reconnaissance institutionnelle dans le cadre de la construction d’un Burkina Faso plus proche de ses racines.
La phase-pilote engagée dans le Mogho constitue une démarche pragmatique et responsable. Les autorités coutumières et traditionnelles ont bénéficié d’un renforcement de capacités leur permettant de maîtriser les dispositions de la loi et ses textes d’application. Chaque article a été étudié, discuté et harmonisé afin de garantir une compréhension commune des missions confiées à ces nouvelles instances. La remise officielle des registres des requêtes, des recours et des résumés d’audiences ne représente pas seulement un acte symbolique. Elle marque l’entrée effective de ces tribunaux dans leur mission quotidienne : rapprocher la justice des populations, réduire les tensions sociales et promouvoir des solutions adaptées aux réalités culturelles du pays.
À travers cette initiative, le Burkina Faso affirme une conviction forte : les réponses aux défis contemporains peuvent aussi émerger des savoirs et des mécanismes hérités de l’histoire nationale. La souveraineté ne se limite pas aux frontières ou aux décisions politiques. Elle s’exprime également dans la capacité d’un peuple à reconnaître la valeur de ses propres institutions, à préserver ses références culturelles et à les adapter aux exigences du présent.
Comme l’arbre qui puise sa force dans la profondeur de ses racines, la nation burkinabè continue de grandir en s’appuyant sur son héritage, sa résilience et son espérance.
D.Kaboré
