Avec sa stratégie nationale 2026–2030 pour la fabrication locale de produits et technologies de santé, le Kenya engage une nouvelle étape de sa politique industrielle. Face à une dépendance pharmaceutique estimée à 70 %, Nairobi fait le choix de renforcer ses capacités de production afin de sécuriser son approvisionnement, soutenir son économie et consolider son rôle en Afrique de l’Est.
Cette orientation répond à un impératif devenu central pour de nombreux pays africains : développer une industrie de santé capable de répondre aux besoins nationaux tout en réduisant l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux. Pour le Kenya, la production locale ne relève plus seulement d’un objectif économique, mais d’un levier de résilience sanitaire et de création de valeur.
La feuille de route présentée par les autorités s’appuie sur des mesures destinées à accompagner cette montée en puissance. La réforme des marchés publics doit offrir davantage de débouchés aux fabricants nationaux, tandis que l’accélération des procédures réglementaires vise à réduire les délais de mise sur le marché. À cela s’ajoute un accès facilité aux financements de long terme afin de soutenir les investissements industriels et encourager l’innovation.
Les premiers signaux vont dans le sens de cette ambition. Le Kenya compte déjà plus de trente fabricants pharmaceutiques, preuve qu’un socle industriel existe. La baisse de 22 % des dépenses d’importation entre 2024 et 2025 traduit également une évolution progressive du marché, portée par le renforcement des capacités de production et l’arrivée de nouveaux investisseurs. Ces avancées témoignent d’un environnement de plus en plus favorable au développement d’une industrie locale.
Au-delà du marché national, cette stratégie pourrait renforcer l’intégration économique de l’Afrique de l’Est. En développant une offre compétitive de médicaments et de technologies de santé, le Kenya se positionne pour répondre à une demande régionale en forte croissance. Cette dynamique peut également favoriser les partenariats industriels, les transferts de technologies et la montée en compétences d’une main-d’œuvre spécialisée.
Le véritable enjeu réside désormais dans la continuité des efforts engagés. Une politique industrielle produit ses effets lorsqu’elle s’inscrit dans la durée et s’accompagne d’investissements constants, d’un cadre réglementaire stable et d’une coopération étroite entre les pouvoirs publics et le secteur privé. Si cette trajectoire est maintenue, le Kenya dispose des atouts pour devenir un acteur majeur de la production pharmaceutique en Afrique et contribuer durablement au renforcement de la souveraineté sanitaire du continent.
Paterne N’gouassi
