L’Afrique avance, méthodiquement, vers une reconfiguration de ses circuits économiques. Les projections publiées par Afreximbank traduisent une inflexion structurelle. Une hausse attendue de 10 % du commerce intra-africain en 2026, pour atteindre 230 milliards de dollars, consacre une dynamique désormais enracinée dans les instruments d’intégration continentale.
Ce mouvement trouve sa source dans une séquence réformatrice cohérente. L’entrée en opération du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) constitue une rupture technique majeure. En réduisant drastiquement les coûts de transaction et la dépendance aux devises extérieures, il restaure une souveraineté monétaire fonctionnelle dans les échanges régionaux. À cela s’ajoute la levée progressive des barrières non tarifaires sur les corridors stratégiques, longtemps vecteurs d’asphyxie commerciale, ainsi que l’adoption du protocole sur le commerce numérique dans le cadre de la ZLECAf, qui ouvre un nouvel horizon d’intégration immatérielle.
L’impact est double. D’une part, il accélère la densification des flux intra-africains, dont la part devrait atteindre 16 % des échanges globaux du continent. D’autre part, il modifie leur nature. La montée en puissance des secteurs manufacturier et agroalimentaire — désormais proches de la moitié des échanges intra-régionaux — traduit un basculement progressif hors de la dépendance brute aux matières premières. La transformation locale devient le levier cardinal d’une croissance plus résiliente.
Mais cette trajectoire reste sous tension. Le déséquilibre structurel du commerce africain persiste : exportations dominées par les ressources primaires, importations saturées de produits transformés. Ce paradoxe, connu, est désormais quantifié avec précision : un déficit de potentiel d’exportation de plus de 430 milliards de dollars. Autrement dit, l’Afrique produit encore en dessous de sa capacité réelle de valorisation.
C’est précisément dans cet écart que réside la promesse. La transformation agro-industrielle et le raffinage des ressources minières apparaissent comme des multiplicateurs de souveraineté économique. Ils offrent non seulement des gains en recettes et en emploi, mais redessinent aussi la place du continent dans les chaînes de valeur mondiales.
La ZLECAf, en accélérant l’intégration des marchés, ne constitue pas une fin en soi. Elle est un catalyseur. Son efficacité dépendra de la rigueur des politiques publiques, de la qualité des infrastructures et de la stabilité des environnements institutionnels. Là se situe la responsabilité des États : transformer l’opportunité en puissance.
Car au fond, l’enjeu dépasse les chiffres. Il s’agit de faire émerger une Afrique qui n’échange plus seulement, mais qui transforme, structure et impose sa propre logique économique. Une Afrique qui cesse d’être périphérique pour devenir centrale dans sa propre histoire commerciale.
D.Kaboré
