Burkina Faso

Burkina Faso : L’État face aux réseaux clandestins, la douane en première ligne

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Dans les États confrontés à l’épreuve simultanée de l’insécurité et de la fragilité économique, la frontière devient un espace vital, presque organique, à la survie du développement. Elle concentre les vulnérabilités, mais aussi les ressorts du sursaut. Au Burkina Faso, la saisie de plus de 1,6 milliard de F CFA de produits dangereux par la douane, à l’issue de l’opération « Folokoto », révèle moins une performance circonstancielle qu’une orientation politique assumée. Celle d’un État qui choisit de ne plus subir les trafics, mais de les démanteler.

Cyanure dissimulé dans du clinker, 92 688 litres d’huiles contrefaites estampillées TotalEnergies et Shell, plus d’un million de comprimés de Tapentadol cachés dans des cargaisons de biscuits, explosifs, stupéfiants, sucre de contrebande. L’ingéniosité des réseaux criminels révèle une économie souterraine structurée, capable d’exploiter la moindre faille. Elle mesure, en creux, l’ampleur du défi auquel l’administration burkinabè est confrontée.

Dans ce contexte, le refus par les agents des douanes d’une proposition de corruption de 100 millions de F CFA constitue un tournant. Il ne s’agit pas d’un simple fait divers administratifs. C’est un acte politique au sens plein. Il consacre le passage d’un discours d’exigence à une culture de responsabilité. Sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, la Révolution progressiste populaire trouve ici une incarnation concrète, visible, mesurable.

La lutte contre la fraude dépasse la seule question des recettes publiques. Elle engage la santé des citoyens, la stabilité sécuritaire et la crédibilité institutionnelle. En interceptant des produits impropres à la consommation et des substances à haut risque, la douane défend le marché national contre la concurrence déloyale et protège l’économie formelle. Chaque cargaison saisie est un signal envoyé aux acteurs économiques honnêtes, mais aussi aux réseaux qui prospèrent sur l’opacité.

Ce travail méthodique participe d’un mouvement de consolidation étatique plus large. Un État qui impose la règle restaure l’autorité de la loi. Un État qui contrôle ses flux commerciaux crée les conditions d’un développement plus autonome. Dans une perspective panafricaine, cette rigueur administrative s’inscrit dans une dynamique continentale de reconquête des leviers stratégiques, condition sine qua non d’une souveraineté effective.

L’opération « Folokoto » doit être comprise comme un jalon. Celui d’une administration qui se redresse, d’un exécutif qui imprime une ligne claire, d’un pays qui refuse la banalisation de l’économie parallèle. La souveraineté ne se proclame pas dans les tribunes, elle se construit dans l’exigence quotidienne. Et c’est à cette discipline que se mesure désormais la solidité de l’État burkinabè.

D.Kaboré

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