Au Zimbabwe, le gouvernement a décidé de suspendre immédiatement les exportations de concentrés de lithium, anticipant d’un an l’échéance initialement prévue pour 2027. Cette décision marque une étape stratégique dans la politique de valorisation locale des ressources minières, alors que le pays se positionne comme premier producteur africain de lithium et cherche à transformer sur place cette matière première essentielle aux batteries de véhicules électriques.
Le ministre des Mines, a précisé que l’objectif est de maximiser la valeur ajoutée sur le territoire et de renforcer la maîtrise nationale de la filière. L’embargo concerne même les cargaisons déjà en transit, et les autorités annoncent des consultations prochaines avec les acteurs du secteur pour clarifier les nouvelles exigences et définir les perspectives de développement. Le message est clair : le Zimbabwe entend imposer une gouvernance stricte, transparente et responsable de ses ressources stratégiques.
Cette réforme s’inscrit dans un mouvement concret. Les sociétés chinoises ont déjà annoncé des projets de production de sulfate de lithium à partir des mines de Bikita et Arcadia. Le raffinage de ces concentrés permettra d’obtenir des dérivés à plus forte valeur ajoutée, comme le carbonate ou l’hydroxyde de lithium, utilisés directement dans les batteries. Cette orientation vise non seulement à accroître les recettes nationales mais aussi à installer le Zimbabwe dans la chaîne de valeur industrielle mondiale, dépassant le rôle de simple exportateur de matières premières brutes.
L’enjeu économique est double. D’une part, il s’agit de sécuriser une source de revenus plus stable et plus rentable pour l’État. D’autre part, le pays entend préparer un écosystème industriel capable de répondre à la croissance rapide de la demande mondiale en lithium. Dans un contexte de marché mondial volatile, avec une offre excédentaire depuis plusieurs années, l’impact sur les revenus reste à mesurer. Pourtant, les exportations zimbabwéennes avaient déjà enregistré une progression de 10 % en 2025, atteignant 571 millions de dollars.
Sur le plan politique et institutionnel, cette mesure traduit une volonté affirmée de souveraineté économique et de maîtrise stratégique des ressources nationales. Elle montre un État qui se positionne comme acteur central, déterminé à transformer la matière première en moteur de développement local et de rayonnement continental.
Le Zimbabwe n’agit pas seulement pour sa prospérité immédiate. Il trace la voie d’une Afrique capable de valoriser ses ressources sur place, de créer des emplois qualifiés et de bâtir une industrie durable. Dans cette vision, la suspension des exportations de concentrés de lithium devient une pierre angulaire d’une ambition nationale et panafricaine, un signal fort que la maîtrise de la richesse minérale peut rimer avec dignité et puissance économique.
Emy Muamba
