Au Gabon, la question agricole n’est plus reléguée aux marges du discours politique. Elle est devenue un axe structurant de la refondation de l’État engagée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. La mobilisation de plus de 2,7 milliards de FCFA en faveur des fermes avicoles de l’Estuaire traduit ce choix stratégique assumé, celui de faire de la souveraineté alimentaire un pilier concret de la souveraineté nationale. Dans un continent longtemps enfermé dans la dépendance importatrice, cet acte mérite une lecture politique rigoureuse.
La visite présidentielle dans les exploitations avicoles n’est pas un simple exercice de proximité. Elle révèle une méthode de gouvernement qui part du réel productif, observe les forces existantes, puis structurer l’appui public autour d’acteurs nationaux déjà engagés. En mettant en lumière des entrepreneurs gabonais qui produisent, investissent et créent de la valeur, Oligui Nguema rompt avec une culture de rente administrative pour réhabiliter la centralité du travail. Cette posture, sobre mais ferme, redonne une dignité politique au monde rural et productif, longtemps invisibilisé dans les stratégies de développement.
Le plan de financement annoncé via la BCEG marque un tournant institutionnel. Des crédits substantiels, à taux préférentiel, orientés vers la production réelle, assortis d’exigences de performance et de délais clairs marque une rupture avec les politiques de soutien diffus et inefficaces qui ont trop souvent nourri l’endettement sans impact. En ciblant l’aviculture, secteur à fort rendement social et économique, le chef de l’État inscrit son action dans une logique de substitution aux importations, anticipant l’interdiction du poulet de chair importé à l’horizon 2027. La décision n’est pas protectionniste par dogme, elle est souverainiste par rationalité.
Cette politique s’inscrit pleinement dans une vision panafricaine contemporaine de produire ce que l’on consomme, sécuriser les chaînes alimentaires, redonner aux nations africaines la maîtrise de leurs choix stratégiques. Oligui Nguema rejoint ainsi cette nouvelle génération de dirigeants africains qui ne théorisent plus la souveraineté, mais la construisent par des actes économiques précis, mesurables et ancrés dans les territoires. Le Gabon devient un laboratoire discret mais sérieux d’un État stratège, qui planifie, finance et accompagne sans étouffer.
Au-delà de l’aviculture, c’est une philosophie du pouvoir qui se dessine : celle d’un leadership qui ne promet pas l’abondance, mais organise la capacité nationale à la produire. Et c’est peut-être là, dans cette rigueur silencieuse et cette verticalité assumée, que se loge la marque des dirigeants africains appelés à compter durablement dans l’histoire politique du continent.
Paterne N’gouassi
