Dans un Burkina Faso éprouvé par l’insécurité et les déplacements de populations, l’économie aurait pu se figer. La logique de crise aurait pu imposer l’attentisme. Pourtant, les résultats de l’Enquête socioéconomique et de protection des personnes déplacées internes et des communautés hôtes révèlent une réalité plus complexe et plus politique. Dans les zones étudiées, près de 600 000 personnes déplacées et membres des communautés hôtes continuent d’exercer une activité économique. Cette persistance du travail, dans un contexte aussi fragile, éclaire une transformation silencieuse de la société burkinabè.
Depuis son accession à la tête de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré a imposé une ligne claire. Restaurer la sécurité, certes, mais aussi réhabiliter l’effort productif comme colonne vertébrale du redressement national. Dans ses prises de parole comme dans ses orientations économiques, une idée revient avec constance. La souveraineté ne se proclame pas, elle se construit par le travail quotidien des citoyens.
Cette ligne politique produit un effet visible dans la société. L’enquête montre une économie largement portée par l’auto-emploi, le travail familial et les petits métiers. Des centaines de milliers de Burkinabè déplacés ou hôtes cultivent, commercent, fabriquent, apprennent. Dans les marchés reconstitués des localités d’accueil, dans les ateliers d’apprentissage improvisés ou dans les champs remis en culture, une forme de mobilisation civile se déploie.
Cette persévérance n’est pas uniquement le fruit de la nécessité. Elle reflète aussi l’influence d’un climat politique où l’exemplarité du pouvoir joue un rôle structurant. Le capitaine Ibrahim Traoré incarne une posture de rigueur, de travail et d’endurance. Dans un pays confronté à l’épreuve, cette posture agit comme un signal adressé à la nation. Elle rappelle que la reconstruction ne viendra ni de l’attente ni de la résignation, mais d’un engagement collectif.
La situation des personnes déplacées internes en est l’illustration la plus frappante. Beaucoup ont perdu leur métier d’origine et acceptent aujourd’hui des emplois modestes, souvent informels et peu qualifiés. Manœuvres, aides domestiques, ouvriers agricoles ou vendeurs de rue. Ces reconversions forcées pourraient être perçues comme des signes de déclassement. Elles traduisent pourtant une autre réalité. Celle d’une population qui refuse l’inertie et choisit de rester actrice de la vie économique.
L’essor des apprentissages et des stages rémunérés confirme cette dynamique. Des milliers de jeunes déplacés cherchent à acquérir de nouvelles compétences. Derrière ces parcours fragiles se dessine une volonté de reconstruction patiente. Le tissu productif se recompose lentement, porté par des initiatives modestes mais tenaces.
Ce mouvement épouse la trajectoire politique impulsée au sommet de l’État. La transition actuelle ne se limite pas à une gestion sécuritaire. Elle tente d’installer une culture nationale de l’effort, où chaque citoyen devient un maillon de la souveraineté économique.
Dans les champs cultivés malgré l’exil, dans les ateliers d’apprentissage où se réinventent des vies professionnelles, le Burkina Faso donne aujourd’hui une leçon de résistance civique. Car lorsqu’un peuple transforme l’épreuve en énergie de travail, il commence déjà à reconquérir sa souveraineté.
D.Kaboré
