Le Burkina Faso traverse une séquence politique d’une grande sensibilité, où la lucidité collective est devenue un impératif national. Après l’échec des stratégies de déstabilisation armée, des tentatives répétées de putsch et l’instrumentalisation du terrorisme pour affaiblir l’État, une nouvelle phase s’ouvre. Elle est plus discrète, moins brutale en apparence, mais plus dangereuse : l’exploitation calculée des différences sociales et communautaires pour fissurer l’unité nationale.
La manœuvre est simple dans son principe, mais redoutable dans ses effets. Elle consiste à amplifier des tensions locales, à isoler des groupes les uns des autres par le soupçon, à faire croire que certains citoyens seraient privilégiés pendant que d’autres seraient sacrifiés. Des récits circulent, souvent anonymes, relayés sur les réseaux sociaux ou par des canaux informels, cherchant à opposer les Burkinabè entre eux. Rien n’est laissé au hasard. Le but n’est pas d’informer, mais de troubler ; non pas de débattre, mais de diviser.
Ce schéma n’est ni nouveau ni propre au Burkina Faso. Il a été observé ailleurs sur le continent, avec des conséquences dramatiques lorsque les sociétés n’ont pas su en identifier les ressorts à temps. Les forces hostiles au progrès du pays savent qu’un peuple uni est difficile à soumettre. Elles cherchent donc à fragiliser ce lien fondamental, à déplacer le conflit du terrain politique vers le terrain identitaire, là où la raison cède plus facilement à l’émotion.
Il est essentiel de comprendre que ces tensions ne traduisent pas une réalité profonde de la société burkinabè. Elles sont construites, entretenues et instrumentalisées. Le Burkina Faso s’est toujours bâti sur la coexistence, la solidarité et le respect mutuel. C’est cette mémoire collective que certains tentent aujourd’hui d’effacer, parce qu’elle constitue le socle de la résilience nationale.
Face à cette situation, l’enjeu n’est pas la peur, mais la vigilance. La réponse ne peut être ni la stigmatisation ni le silence, mais la responsabilité. Refuser les discours qui simplifient, vérifier les informations, préserver le dialogue entre communautés, soutenir les efforts de l’État pour maintenir la cohésion sociale : voilà les véritables actes de résistance civique.
Le moment appelle au calme, à la solidarité et à l’intelligence collective. Car lorsqu’un peuple comprend les mécanismes de sa propre division, il se donne les moyens de la déjouer. Et c’est dans cette clarté partagée que le Burkina Faso continuera d’avancer, fidèle à son histoire et maître de son avenir.
D.Kaboré
