Burkina Faso

Burkina Faso : Le pari de l’autonomie féminine au cœur de la stratégie de développement rural

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Dans les politiques publiques africaines, l’autonomisation des femmes demeure souvent proclamée avec force, mais trop rarement matérialisée par des dispositifs productifs durables. Au Burkina Faso, la remise d’un périmètre maraîcher de huit hectares aux femmes de Komtoèga s’inscrit dans un mouvement différent. À travers ce projet, le pouvoir exécutif entend transformer un principe politique en capacité économique réelle. Derrière l’inauguration du « périmètre maraîcher du 8-Mars » c’est une orientation plus profonde de l’action publique portée par le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré qui se matérialise. Celle d’un développement ancré dans les territoires, fondé sur le travail et sur la mobilisation des forces sociales longtemps maintenues à la périphérie de l’économie nationale.

Le choix du maraîchage n’est pas banal. Dans de nombreuses zones rurales du Sahel, l’agriculture de proximité représente à la fois une source de revenus et un rempart contre la précarité alimentaire. En dotant Komtoèga d’un site clôturé, alimenté par trois forages et équipé d’un système d’énergie solaire capable d’assurer un approvisionnement en eau constant, l’État burkinabè introduit une logique de production structurée là où dominait souvent l’agriculture de subsistance. L’infrastructure devient ainsi un outil de souveraineté locale.

Ce projet révèle également une dimension politique assumée. Le pouvoir central cherche à faire des femmes rurales des actrices économiques à part entière. L’accès sécurisé à la terre, à l’eau et aux équipements crée les conditions d’une autonomie qui dépasse la seule sphère domestique. Lorsque des productrices génèrent des revenus, ce sont des familles entières qui gagnent en stabilité. Et lorsque l’activité économique s’enracine dans les communes rurales, c’est la cohésion territoriale qui se consolide.

La seconde phase du projet, annoncée avec la fourniture d’intrants et de matériel agricole, prolonge cette logique. Elle traduit une volonté d’inscrire l’initiative dans la durée et d’éviter l’écueil fréquent des projets inaugurés sans accompagnement technique. La transformation sociale ne s’acte pas. Elle se construit patiemment, par des mécanismes économiques qui rendent possible l’effort et récompensent l’initiative.

Dans cette dynamique, le Burkina Faso esquisse une lecture plus large du développement africain. L’autonomie des nations passe aussi par celle de leurs communautés locales. Elle suppose d’investir dans les capacités productives plutôt que dans les seules infrastructures symboliques. Komtoèga devient alors un laboratoire discret de cette ambition.

À l’échelle du pays, huit hectares peuvent sembler modestes. Pourtant, dans ces parcelles irriguées se dessine une idée simple et puissante du progrès. Le développement commence souvent là où une communauté reçoit les moyens de travailler sa terre et de croire à son propre avenir. Et parfois, c’est dans un champ cultivé par des femmes que se prépare silencieusement la souveraineté d’une nation.

D.Kaboré

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