Burkina Faso

Burkina Faso : Face à la conjuration de l’ombre, l’État tient et le peuple est appelé à la vigilance

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Dans la nuit du 3 janvier 2026, le Burkina Faso a frôlé une bascule dont les conséquences auraient dépassé le seul cadre national. Ce qui a été mis au jour à travers les révélations diffusées par la Radiodiffusion Télévision du Burkina n’est pas une agitation marginale, mais une entreprise de déstabilisation mûrement pensée, patiemment financée et froidement exécutée dans ses intentions. L’enjeu était clair : frapper le cœur de l’État, désarticuler ses leviers stratégiques et replonger le pays dans un cycle de violence institutionnelle au moment même où il tente de redéfinir souverainement sa trajectoire.

Le complot décrit par les enquêteurs apparaît comme une mécanique huilée, conçue loin du territoire national, nourrie par des flux financiers obscurs et animée par des fidélités anciennes. La figure de l’ex-président Paul-Henri Sandaogo Damiba, présentée comme le cerveau de l’opération, incarne cette tentation persistante de gouverner par procuration, de manœuvrer l’ombre lorsque la lumière du pouvoir s’est éteinte. En Afrique, ces retours par la force disent toujours la même chose : l’incapacité à accepter que l’histoire avance sans ceux qui s’y croyaient indispensables.

La violence projetée, assumée dans les aveux, révèle une brutalité sans fard. L’élimination ciblée du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, n’était pas un dommage collatéral, mais un objectif central. Il fallait faire taire la voix, briser la figure, interrompre le symbole. Le plan baptisé « couper la tête du pasteur », visant la base de drones de Saponé, illustre cette volonté de rendre l’État aveugle avant de l’abattre, comme on désarme un veilleur avant d’ouvrir les portes de la cité.

L’argent, encore et toujours, apparaît comme le nerf de cette trahison. Les circuits de financement passant par la Côte d’Ivoire, les promesses de postes prestigieux, les commissions offertes pour acheter des loyautés, rappellent que la déstabilisation commence rarement par les armes : elle s’infiltre d’abord dans les consciences. C’est là que réside le danger le plus insidieux, car aucun système sécuritaire ne peut tout, si la vigilance citoyenne s’émousse.

L’échec du complot, toutefois, porte un message politique majeur. Il signale que l’État burkinabè veille, que ses institutions apprennent, que ses forces résistent. Mais il rappelle surtout que la sécurité nationale ne peut être l’affaire exclusive des casernes et des services. Dans ce moment historique, chaque citoyen est un maillon de la souveraineté, chaque silence complice une brèche potentielle.

Le Burkina Faso entre dans une phase où la vigilance populaire devient une arme politique. Refuser la rumeur, dénoncer la manœuvre, protéger l’intérêt général : voilà désormais le champ de bataille civique. Car un pays qui laisse s’installer la déstabilisation consent déjà à sa propre fragilisation, tandis qu’un peuple debout, lucide et attentif, demeure la forteresse la plus difficile à renverser.

D.K.

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