L’onde de choc, bien que prévisible pour les observateurs avisés du réalisme trumpien, n’en demeure pas moins un séisme diplomatique. Par un mémorandum daté du 7 janvier 2026, Washington a acté son divorce d’avec soixante-six instances internationales. Ce désengagement radical, présenté sous le vernis de la protection des intérêts nationaux, frappe au cœur des mécanismes de coopération multilatérale et touche particulièrement les organes de l’ONU dédiés au continent africain. De la Commission économique pour l’Afrique (CEA) au Bureau du conseiller spécial pour l’Afrique, c’est tout un échafaudage de diplomatie institutionnelle qui vacille, révélant les fragilités d’un système international centré sur la puissance plutôt que sur la justice.
Pour les États-Unis, cette rupture illustre le triomphe d’une vision transactionnelle du monde, où la valeur d’une alliance se mesure à l’aune du profit souverain immédiat. Pour l’Afrique, l’impact est double : d’une part, la fragilisation des flux financiers et de l’expertise technique dans des secteurs critiques tels que le climat (GIEC), l’énergie (IRENA) et la démographie (FNUAP) ; d’autre part, la révélation d’un effritement du “paternalisme multilatéral” qui, sous couvert d’aide au développement, maintenait le continent dans une salle d’attente décisionnelle. Le retrait américain, brutal et symbolique, oblige à reconnaître la précarité d’un système où la coopération dépend de la constance des intérêts étrangers.
La souveraineté : l’impératif du réveil africain
Ce désengagement n’est pas une tragédie irrémédiable, mais un miroir tendu à nos propres démissions. Il rappelle que l’aide extérieure reste une boussole orientée par le donateur. L’Afrique ne peut plus se permettre d’être spectatrice de son destin, suspendue aux humeurs d’un bureau ovale éloigné de ses réalités. La souveraineté, seule garantie contre l’ingérence et l’abandon, doit devenir le centre de l’action politique et économique du continent.
Il est temps de sonner l’heure, du réveil, de la conscience et d’une refondation panafricaine. Investir dans nos institutions, fortifier l’Union africaine, bâtir une architecture de financement endogène et promouvoir des alliances intra-africaines robustes ne sont plus des options, mais des impératifs stratégiques. Chaque nation doit apprendre à se développer par elle-même, se financer par ses propres ressources et se protéger par sa propre unité. Une réalité qu’a compris très tôt les pays de l’AES.
Cette décision américaine, dans sa brutalité et sa portée symbolique, rappelle avec force que l’Afrique ne sécurisera jamais son avenir sans liberté de manœuvre ni conscience collective. Le réveil du continent et la maîtrise de ses ressources sont les seuls remparts face aux perturbations extérieures.
Face à la défection des puissances de jadis, l’Afrique doit cesser d’attendre le salut de l’ailleurs pour devenir enfin le propre architecte de sa grandeur.
D.Kaboré
