Soudan

Soudan : armes chimiques, quand les preuves mettent les puissances devant leurs propres principes

A LA UNE POLITIQUE SECURITE

Par le Dr Osama Ahmed Al-Mustafa

Lorsque les populations civiles se retrouvent au cœur des préoccupations dans des conflits où les récits prolifèrent et les accusations s’entrechoquent, la communauté internationale a le devoir de se mobiliser. » A fortiori lorsqu’il est question de l’utilisation d’une arme chimique contre des civils innocents, et que des articles de presse ou des déclarations politiques avancent des accusations et des implications d’une extrême gravité. Il s’agit là d’un fait technique et juridique, qui repose sur des preuves vérifiables et imputables.

Mais derrière cette complexité technique et juridique se pose une question plus pressante encore : que se passe-t-il si des civils ont effectivement été exposés à des substances chimiques interdites ? C’est précisément là que commence l’embarras de la communauté internationale.

Le passage du stade de la poursuite à celui de la preuve ne saurait reposer sur les seules informations qui circulent, quelle que soit leur source. Il exige des éléments techniques, tels que ceux qu’ont révélés et établis des rapports d’enquête et des fuites audio dans lesquelles les coupables confirment eux-mêmes leurs actes, des échantillons documentés, des certificats médicaux et une documentation de terrain   comme cela a été clairement établi dans ce qui s’est produit au Soudan, de la part d’une partie qui possède une usine de produits chimiques et d’armes interdites.

Ce que l’on peut affirmer avec précision dans ce contexte, c’est que des enquêtes publiées en septembre 2026 ont fait état de l’existence d’un programme militaire soudanais secret visant à développer et à produire des munitions à base de chlore au cours de l’année 2024, et que le général de brigade Tariq Hussein Madani a été désigné comme la personne responsable de ce projet, des messages et des communications le reliant à de hauts responsables militaires.

Plus sensible encore, les enquêtes récentes, publiées par The New York Times et The Washington Post, indiquent que les documents qu’elles ont pu consulter comprenaient des plans de munitions, des photos et des vidéos d’essais, ainsi que des messages internes, et qu’ils suggèrent qu’al-Burhan était au courant du programme, et mentionnent même des messages ultérieurs liés à des tentatives d’effacer les traces de celui-ci après les sanctions américaines.

La communauté internationale doit se demander si la condamnation suffit. Les sanctions sont-elles suffisantes ? Si, à l’issue d’une enquête indépendante et crédible, il est établi que la partie concernée a utilisé des armes chimiques contre des civils, l’affaire ne devrait pas se terminer par une déclaration de condamnation ou une peine limitée, car l’utilisation d’armes chimiques contre des personnes innocentes constitue, selon les circonstances de l’incident et le droit applicable, une violation d’une extrême gravité qui exige une responsabilisation effective, la poursuite des responsables et des sanctions dissuasives contre quiconque serait reconnu responsable, directement ou indirectement.

Ce qui est requis, c’est la protection des civils, l’accès de l’aide humanitaire, la protection des personnels de santé, la surveillance des zones suspectées de contamination, la sécurisation des sources d’eau, la prise en charge des survivants, et la mise en place de mécanismes de suivi qui ne permettent pas au dossier de disparaître une fois retombée l’attention médiatique.

Mais une autre question, tout aussi importante, se pose : la communauté internationale traite-t-elle toutes les victimes de la même manière ? Les deux poids, deux mesures constituent l’un des fléaux les plus mortels pour la crédibilité du système international.

Si l’identité de la victime, celle de l’accusé, ou les intérêts des grandes puissances peuvent modifier la vitesse de l’enquête et l’ampleur de la pression politique, alors la justice devient sélective, et les normes internationales se transforment en instruments à l’application variable.

Le sang du civil soudanais ne doit pas avoir moins de valeur parce que le Soudan est loin des centres de décision, ou parce que la guerre au Soudan est devenue un sujet d’actualité familier dans les journaux télévisés. C’est précisément là que le rôle des médias soudanais honnêtes et des organisations nationales sincères entre en jeu.

Traiter un dossier d’une telle sensibilité exige des médias qui n’intimident ni n’effacent, et qui ne transforment pas la victime en objet d’investissement politique.

Le plus dangereux qui puisse arriver, c’est que les révélations médiatiques deviennent une fin en soi ; les médias peuvent ouvrir la porte à une enquête, mais ils ne peuvent se substituer au laboratoire, à la commission d’enquête ou au tribunal.

C’est pourquoi la question doit se poser immédiatement après la révélation : quelle est la prochaine étape, qui va l’entreprendre, quand, et comment mesurer ses résultats ? C’est précisément là que devient manifeste le chaînon manquant entre la documentation, l’enquête et la responsabilisation.

Les rapports peuvent s’accumuler, les témoignages peuvent être conservés, l’affaire peut faire la une, puis la lumière s’estompe, les dossiers se referment, et les victimes se retrouvent seules face aux conséquences du crime.

C’est là l’échec véritable que la communauté internationale devrait éviter, et la question de fond demeure : que révèle le dossier des armes chimiques sur la nature du traitement réservé par le monde à la guerre au Soudan ?

En dernière analyse, le Conseil de sécurité est confronté à une épreuve sans équivoque : la protection des civils soudanais est-elle un principe universel et indivisible, ou le droit international restera-t-il une belle encre sur une feuille de papier usée ?

Une image du Conseil de sécurité de l’ONU et une image du Sénat américain.

Les États-Unis s’orientent-ils vers un durcissement de leur position, ou s’engagent-ils dans une nouvelle confrontation avec le Conseil de sécurité sur la faisabilité et les limites des sanctions ? Alors que les craintes liées aux avions et aux drones s’intensifient et que le cercle du danger s’élargit, l’espoir légitime demeure que les civils innocents soient prioritaires, et que les résolutions internationales passent de textes différés à une protection effective qui sauve des vies et empêche la catastrophe de s’étendre.

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