À la frontière de Kamba, entre l’État nigérian de Kebbi et le Niger, ce sont bien plus que des barrières qui se sont levées. La décision du président Bola Ahmed Tinubu d’autoriser à nouveau le transit des marchandises vers Niamey via le port de Cotonou réorganise, avec méthode, l’économie d’un pays enclavé pris dans l’étau des tensions diplomatiques régionales.
Depuis juillet 2023 et la rupture entre le Niger et le Bénin, les circuits d’approvisionnement avaient été profondément bouleversés. Privés de leur accès naturel au port de Cotonou, les opérateurs nigériens s’étaient rabattus vers Lomé, puis à travers le Burkina Faso. Le trajet était plus long, plus coûteux, plus dangereux. L’attaque d’un convoi en août 2025, meurtrière, avait brutalement rappelé que l’économie sahélienne circule sous escorte.
La réouverture de la frontière de Kamba libère plus de 1 600 camions restés immobilisés durant des mois. Elle réactive surtout le corridor Tsamiya-Kamba, longtemps utilisé de manière informelle par des transporteurs contraints de composer avec la fermeture officielle des frontières. En l’institutionnalisant, Abuja transforme une pratique marginale en dispositif encadré. Technologies de suivi, contrôle renforcé, sanctions annoncées contre les fraudeurs. Le Nigeria cherche à concilier ouverture commerciale et protection de son marché intérieur, tout en réaffirmant son rôle de pivot régional.
Pour Niamey, l’enjeu est concret. La baisse attendue des coûts logistiques peut atténuer la pression sur les prix intérieurs. L’accès plus fluide aux denrées, aux matériaux, aux équipements soutient une économie fragilisée par l’isolement diplomatique et les contraintes sécuritaires. Un État sahélien sans accès à la mer dépend de la stabilité de ses corridors autant que de la solidité de ses institutions. La circulation des marchandises devient une condition de la stabilité sociale.
Cette nouvelle configuration ne règle pas la crise politique avec Cotonou. Elle en prend acte. Elle révèle une Afrique de l’Ouest contrainte d’inventer des solutions pragmatiques pour préserver l’essentiel, la continuité des échanges et la survie des économies nationales. Dans cet espace interdépendant, la fermeture d’une frontière ne supprime pas les flux, elle les déplace.
En réactivant Kamba, le Nigeria et le Niger rappellent une vérité simple. Le développement ne se proclame pas, il s’organise. Et la souveraineté économique, pour un pays enclavé, commence toujours par la maîtrise de ses frontières.
Emy Muamba
