Au Mémorial Thomas Sankara, face à des enfants de Gourcy venus en visite scolaire, le Capitaine Martha Céleste Anderson Medah a parlé de patriotisme, de discipline, d’amour du drapeau. Devant ces tout-petits, la Ministre Directeur de Cabinet du Président du Faso ne dispensait pas une leçon de morale. Il posait les fondations d’une doctrine civique destinée à façonner une génération entière.
Toute révolution commence par les mots. Le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré l’a compris. En baptisant sa grammaire civique, il ne se contente pas de recycler les vieux discours sur l’unité nationale. Il fabrique un référent identitaire, un marqueur générationnel. Le Burkindlim devient ainsi le nom de l’appartenance, l’étendard d’une jeunesse appelée à incarner la rupture. Cette nomination compte. Elle fixe dans la langue ce qui, sans elle, resterait diffus.
Mais pourquoi les enfants ? Parce qu’ils sont le territoire politique le plus fertile. Leur imaginaire se construit, leur rapport à l’autorité s’établit, leur sens de la collectivité s’éveille. En investissant cet espace, le pouvoir ne fait pas de la pédagogie ordinaire. Il pose les fondations d’un consentement futur. Patriotisme, discipline, respect des parents, amour de la patrie : chaque valeur énoncée agit comme une brique dans l’édifice d’une citoyenneté formatée.
Cette scène au Mémorial n’est pas anodine. Elle mobilise le symbole Sankara, figure tutélaire et consensus national, pour légitimer le discours présent. L’histoire devient un outil de validation. Les enfants n’apprennent pas seulement à aimer le Burkina Faso. Ils apprennent quelle version du Burkina Faso aimer, et selon quels critères.
Le directeur du centre préscolaire de Gourcy parle d’« idéaux de la Révolution progressiste populaire ». La formule est révélatrice. Elle inscrit l’action éducative dans une continuité révolutionnaire, faisant de chaque enseignant un relais du projet politique en cours. La communication gouvernementale devient pédagogie d’État. L’école devient chambre d’écho.
Le Burkindlim se présente comme une réponse patriotique à la crise burkinabè. Mais les enfants du Burkina grandiront. Et avec eux, la mémoire de ce qu’on leur aura appris à penser avant même qu’ils ne sachent penser librement.
D.Kaboré
