Mali

Mali/USA : Un tournant diplomatique au cœur du Sahel

COOPERATION DIPLOMATIE

La visite à Bamako de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines du Département d’État américain, marque un tournant dans les relations entre Washington et le Mali. Après des années de rupture et de sanctions, les États-Unis adoptent un ton nouveau : respect de la souveraineté, volonté de tourner la page sur des erreurs politiques passées et ouverture au dialogue avec les pays sahéliens. Ce geste s’inscrit dans un contexte stratégique lourd où la Confédération des États du Sahel (AES) s’affirme comme un acteur central de la stabilité régionale, tandis que l’insécurité s’étend vers l’ouest et le sud du Sahel, menaçant la sécurité et le développement de toute la région.

Depuis les années 2000, les États-Unis ont investi massivement dans la sécurité sahélienne, en formant et en équipant les armées locales, en soutenant l’intervention française et en installant des bases stratégiques, notamment au Niger. Mais les coups d’État récents et le recours à des partenaires militaires non occidentaux, comme Africa Corps, ont réduit leur influence. Le retour américain ne sera donc pas automatique. Washington pose des conditions claires, dont le retour à l’ordre constitutionnel et la fin des partenariats avec des groupes armés étrangers.

Pour le Mali, ce repositionnement américain a un double enjeu. D’un côté, il ouvre la porte à un soutien international qui pourrait stabiliser la région et soutenir des projets de développement longtemps freinés par l’insécurité. De l’autre, il impose des compromis politiques et diplomatiques sensibles, exigeant que Bamako conjugue souveraineté nationale et pragmatisme stratégique. La diplomatie américaine, désormais centrée sur l’économie et la sécurité plutôt que sur la démocratie formelle, offre un levier de coopération concrète : infrastructures, échanges commerciaux et projets d’investissement pourraient enfin bénéficier d’une stabilité accrue.

Cette nouvelle dynamique reflète un constat simple mais essentiel. Aucun pays sahélien, confronté aux défis sécuritaires et sociaux actuels, ne peut se développer isolément. La capacité de Bamako à inscrire cette ouverture américaine dans une vision régionale cohérente, en concert avec le Burkina Faso et le Niger, sera déterminante pour transformer une conjoncture fragile en opportunité durable.

En affirmant un dialogue fondé sur le respect et l’intérêt commun, le Mali peut non seulement sécuriser son territoire, mais aussi poser les jalons d’un développement maîtrisé et partagé. Dans un Sahel où l’influence se dispute, la souveraineté doit se conjugue avec l’intelligence stratégique et la coopération assumée.

Emy Muamba

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