À Brazzaville, sous les lambris feutrés du Palais du peuple, s’est joué un moment politique d’apparence sobre, mais de portée stratégique. La rencontre entre le président Denis Sassou N’Guesso et son homologue Bassirou Diomaye Faye a pris la forme d’un moment politique dense, révélateur d’une Afrique qui s’emploie à retisser ses continuités stratégiques. Derrière le protocole maîtrisé et les symboles d’une visite officielle, c’est une volonté claire qui s’est exprimée pour consolider un axe de coopération Sud-Sud fondé sur des intérêts concrets et une lecture lucide des urgences continentales.
Les échanges ont ciblé des secteurs structurants : agriculture, énergie, hydrocarbures, éducation, culture. Autant de domaines qui dessinent une géographie du développement réel, loin des abstractions. Pour le Congo comme pour le Sénégal, l’enjeu n’est pas l’annonce, mais la capacité à faire converger des savoir-faire, à mutualiser des expériences et à transformer les complémentarités économiques en leviers de croissance et de souveraineté. Cette orientation pragmatique confère à la relation bilatérale une épaisseur nouvelle, tournée vers l’impact et la durabilité.
La dimension sécuritaire, abordée sans détour, inscrit cette visite dans une temporalité plus large. Les crises persistantes à l’Est de la RDC et au Soudan rappellent que le développement ne peut être dissocié de la stabilité régionale. En évoquant le prochain sommet de l’Union africaine, les deux chefs d’État affirment une même exigence : replacer l’Afrique au centre de la gestion de ses propres fractures, par la concertation et la responsabilité collective.
Enfin, l’évocation de la candidature de Macky Sall au secrétariat général des Nations Unies révèle une autre strate du dialogue : celle de la projection africaine sur la scène mondiale. Elle suggère une diplomatie de soutien et de convergence, où les capitales africaines apprennent à parler d’une voix plus audible.
Le dîner officiel offert à l’issue de l’entretien scellait une ambition partagée. Celle d’une coopération qui ne se contente pas d’exister, mais qui agit, convaincue que l’avenir du continent se construit d’abord dans la solidité de ses alliances africaines.
Kaboré
