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Union Africaine : L’appel à la responsabilité face à la fragilité du Tigré

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La situation en Éthiopie, marquée par la fragilisation persistante de l’équilibre territorial entre le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), illustre la précarité d’un processus de paix dont la survie repose sur la discipline politique et la vision stratégique des acteurs régionaux. L’appel à la « retenue maximale » lancé par Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, n’est pas une simple exhortation morale, mais un instrument de politique institutionnelle destiné à rappeler aux parties prenantes que la stabilité du pays est un enjeu continental. La reprise des hostilités constituerait non seulement une tragédie humanitaire, mais un signal alarmant pour l’ensemble du système de sécurité collective africaine, dont l’UA est garante.

Le communiqué de la Commission souligne avec rigueur l’impératif de préservation des acquis de l’Accord de cessation permanente des hostilités (COHA) de novembre 2022. Dans ce cadre, la démarche de l’UA est double : protéger les populations et maintenir un cadre de négociation crédible, où le dialogue prime sur la confrontation. L’institution panafricaine rappelle que la confiance mutuelle ne se décrète pas ; elle se construit patiemment, par des gestes de responsabilité et une adhésion résolue aux engagements formels. Chaque action militaire, chaque mouvement unilatéral dans les zones contestées du Tigré et de l’Amhara représente une fracture potentielle dans cette architecture fragile.

Le rôle du Panel de haut niveau de l’Union Africaine se révèle ici déterminant. Sa capacité à intensifier la facilitation politique, à rapprocher les parties et à offrir des garanties de sécurité constitue le socle sur lequel peut reposer une réconciliation durable. L’appel à la retenue n’est donc pas un avertissement rhétorique, mais une stratégie de prévention, un mécanisme de sauvegarde institutionnelle visant à éviter le retour à l’instabilité qui a ravagé le pays pendant des années.

Par-delà les dynamiques locales, ce moment politique interpelle l’ensemble de l’Afrique sur la nécessité d’une diplomatie proactive et structurée, capable de concilier souveraineté nationale et responsabilité continentale. Il est clair que la paix ne se décrète pas dans l’urgence ; elle se cultive dans la constance, la vision et l’autorité morale des institutions panafricaines.

En cela, la posture de l’Union africaine illustre l’exigence d’un leadership politique ferme et éclairé, où la voix de l’institution supplante la simple pression internationale, incarnant la promesse d’un continent capable de résoudre ses crises par lui-même. Dans les terres brûlées du Tigré, cette retenue ne se résume pas à un principe, elle est le dernier rempart entre la guerre et la construction d’un avenir africain souverain.

  Kaboré.D

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