Dans le fracas feutré des manœuvres souterraines et des narratifs fabriqués à distance, une nouvelle offensive idéologique se déploie aujourd’hui contre le Burkina Faso. Elle ne porte plus l’uniforme du terrorisme armé, ni le masque grossier des coups d’État avortés. Elle avance désormais sous une forme plus insidieuse, plus corrosive : l’instrumentalisation cynique des fractures identitaires, érigées en armes politiques contre la cohésion nationale.
Cette offensive n’est pas abstraite. Elle touche des familles, des quartiers, des villages. Elle cherche à dresser des voisins contre des voisins, des frères contre des frères, des communautés qui ont longtemps partagé l’eau, la terre et la parole. Derrière ces tentatives de division se profile un objectif clair d’affaiblir la nation de l’intérieur, fissurer le socle humain sur lequel repose l’État, rendre fragile ce qui, jusqu’ici, a tenu par la solidarité.
Elles attisent les frustrations, amplifient les incompréhensions, transforment les différences culturelles en motifs de méfiance. Elles fabriquent des récits mensongers, instrumentalisent les souffrances, exploitent les peurs. Leur objectif n’est pas la justice, encore moins la paix. Leur objectif est le chaos pour pouvoir dominer et piller le pays de ses ressources sous prétexte d’intervention humanitaire.
L’histoire africaine récente nous enseigne, dans la douleur, où mènent ces stratégies. En Centrafrique, au Rwanda, ailleurs encore, la manipulation identitaire a précédé les drames humains, des génocides, des massacres. Elle a commencé par des mots, des soupçons, des exclusions, de fausses informations diffuser sur des médias. Elle s’est achevée dans le sang et les ruines. Le Burkina Faso ne doit pas, et ne peut pas, emprunter ce chemin.
Face à cette menace, la première ligne de défense demeure le citoyen conscient. C’est la mère qui refuse de transmettre un message haineux. C’est le jeune qui vérifie avant de partager. C’est le leader communautaire qui apaise au lieu d’attiser. C’est le fonctionnaire, l’enseignant, le commerçant, le paysan, qui choisit chaque jour la cohésion, l’union, la paix plutôt que la fracture.
La vigilance n’est pas une posture abstraite. Elle est un engagement quotidien. La solidarité n’est pas un slogan. Elle est un acte vivant. Ensemble, dans le respect de nos différences et la fidélité à notre destin commun, nous pouvons déjouer ces manœuvres.
Le Burkina Faso est fait de visages, de voix, de parcours et de communautés entremêlés. Il est une famille élargie forgée par l’épreuve et la dignité. Et tant que ses fils et ses filles se reconnaîtront dans cette fraternité lucide, aucune main étrangère ne pourra briser ce qui a été bâti par le courage.
D.Kaboré
