Burkina Faso

Burkina Faso : Quand l’histoire refuse l’ombre des ambitions personnelles

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L’extradition de l’ancien président Paul-Henri Sandaogo Damiba aux autorités burkinabè constituent un acte politique à haute densité symbolique. Elle se lit comme un point de bascule dans la recomposition politique du Sahel, où la souveraineté étatique et la stabilité régionale sont confrontées aux dérives personnelles de ceux qui ont cru pouvoir confondre pouvoir et privilège. Dans un contexte où les fragilités institutionnelles nourrissent les ambitions individuelles et où les tensions transfrontalières peuvent se muer en crises majeures, la décision togolaise révèle la force d’un État capable de conjuguer rigueur juridique et responsabilité stratégique.

Le Togo, en appliquant la procédure d’extradition dans le strict respect des instruments internationaux et des garanties offertes par Ouagadougou, a fait preuve d’une verticalité institutionnelle rare. En refusant l’ambiguïté et en rompant avec les calculs diplomatiques à courte vue, Lomé a inscrit son action dans une logique claire que la sécurité collective et la crédibilité des États passent par la fermeté, et non par la complaisance. Cette posture consolide la place du Togo comme acteur médiateur fiable, capable de naviguer avec autorité entre le respect du droit et les exigences de la stabilité régionale.

Face à cette détermination, le parcours de Damiba apparaît sous un jour inquiétant. Ancien chef de la transition, il a persisté dans l’ombre des conspirations, faisant primer ses ambitions sur le devoir de loyauté envers l’institution qu’il avait un temps incarné. Les accusations portées contre lui ; corruption, détournement de fonds publics, tentative de coup d’État, et collaborations extérieures suspectes ; dessinent le profil d’un dirigeant déchu qui n’a pas su, ou voulu, respecter la règle fondamentale de toute autorité légitime, celle de servir la nation plutôt que ses intérêts personnels.

Le Burkina Faso, en réclamant et en obtenant son retour, marque sa rupture avec un cycle de transitions inachevées et d’intrigues récurrentes. Sous l’autorité du capitaine Ibrahim Traoré, l’État burkinabè affirme que la souveraineté ne se négocie pas et que la reddition des comptes est la condition de toute reconstruction politique durable. Cette décision, courageuse et structurante, illustre que la primauté de l’ordre national doit primer sur les ambitions individuelles, qu’elles soient anciennes ou ressurgissantes.

Au plan panafricain, cette séquence envoie un message clair que l’Afrique ne peut plus tolérer l’errance de ses élites déchues ni servir de refuge aux manœuvres subversives. Les États qui émergent sont ceux qui savent protéger leur ordre politique, coopérer sans naïveté et rappeler que le pouvoir n’est jamais un droit acquis, mais un mandat temporaire, soumis à l’histoire et à la responsabilité. Dans cette lumière, l’ombre de Damiba n’a d’autre place que derrière la force des institutions qu’il a un temps trahi.

D.Kaboré

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