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Sénégal-Mauritanie : vers un partenariat transfrontalier stratégique et souverain

DIPLOMATIE

L’axe Dakar-Nouakchott vient de franchir un seuil historique, substituant à la gestion routinière des confins une véritable architecture de destin. La visite de travail du Premier ministre mauritanien, El Mokhtar Ould Diay, auprès de son homologue sénégalais Ousmane Sonko, loin d’être une simple civilité diplomatique, consacre la naissance d’un réalisme stratégique transfrontalier. Dans un monde fragmenté, ce tête-à-tête institutionnel réaffirme que la géographie n’est plus une fatalité subie, mais le socle d’une puissance régionale réinventée, fondée sur une confiance mutuelle portée au rang de doctrine d’État.

Le cœur du message politique délivré à Dakar réside dans une révolution sémantique et spatiale : la frontière n’est plus conçue comme une ligne de fracture, mais comme un continuum organique. En déclinant cette vision, les deux chefs de gouvernement actent la fin de l’ère des micro-nationalismes pour embrasser une intégration de structure. Ce changement de paradigme s’articule autour de piliers dont le pont de Rosso est l’épicentre symbolique ; un ouvrage « catalytique » destiné à briser les anachronismes logistiques et à fluidifier le souffle économique entre les deux rives.

Au-delà des infrastructures, c’est une véritable mutualisation des puissances qui se dessine. Qu’il s’agisse de l’agriculture, de la pêche ou de l’énergie, la logique de compétition s’efface devant une volonté farouche de fédérer les investissements. En transformant le bassin du fleuve en un pôle de prospérité pacifiée, le Sénégal et la Mauritanie opposent aux instabilités régionales une solidarité sécuritaire et une souveraineté endogène, affranchies des schémas d’ingérence classiques et tournées vers une gestion concertée des ressources stratégiques.

Cette rencontre témoigne, in fine, d’une maturité politique qui refuse les slogans creux au profit d’un panafricanisme de la preuve. En inscrivant leur action dans la continuité des orientations des présidents Bassirou Diomaye Faye et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, les deux gouvernements démontrent que la fraternité, lorsqu’elle est servie par une rigueur institutionnelle absolue, devient l’ultime levier de puissance. Dakar et Nouakchott ne se contentent plus de voisiner ; ils choisissent d’évoluer ensemble, prouvant que la solidarité africaine est avant tout une affaire d’intelligence stratégique.

D.Kaboré

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